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Les femmes

 

Les Maliens disent : « Ce que la barbe dit le jour, la tresse le lui a soufflé la nuit. »

C’est une lutte contre Goliath que mènent les femmes africaines. Le poids de la tradition est lourd, extrêmement lourd. Les femmes maliennes, encore aujourd’hui, restent des citoyennes trop en marge de la prise de décisions. À Sanankoroba, depuis presque 25 ans, les choses évoluent plus rapidement qu’ailleurs.

Mama CoulibalyMama Coulibaly est de celles qui luttent avec acharnement pour faire bouger les choses. Passionnée, convaincue, animée, il est difficile de l’arrêter lorsqu’elle parle. Cette citoyenne engagée, devenue politicienne, est une locomotive de la marche des femmes.

« Avant le jumelage, Sanankoroba était un village malien qui était fermé sur sa tradition, sur la coutume », se souvient-elle. « Et lorsque le jumelage est venu, nous avons insisté pour avoir des projets pour les femmes. »

Puisque à chaque jour les Maliens mangent du maïs, du sorgho ou du riz, les femmes passent plusieurs heures à battre les grains pour les débarrasser de leur cosse. L’achat de trois moulins allait changer la vie des femmes.

Toutefois, la tradition, comme la vague qui revient toujours s’abattre sur la plage, a frappé le projet des femmes. Une nuit, que l’on a baptisée « le coup d’État des moulins », les hommes ont pris d’assaut les trois moulins des femmes. Malgré toutes les négociations qui ont eu lieu entre les hommes et les femmes du Benkadi, appuyées d’une délégation de Sainte-Élisabeth, les hommes ont voulu garder la gestion des moulins. Un an plus tard, après avoir accumulé un grand déficit, les hommes ont abdiqué. Ils ont reconnu que les femmes étaient plus compétentes pour gérer cette activité.

« Enfin, les femmes ont pu gérer leurs moulins », explique Mama Coulibaly. « Elles ont fait des profits et en ont acheté d’autres. À ce moment, les hommes du village ont vu que les femmes étaient capables. »

Après cette crise, les femmes ont commencé à être encore plus respectées. Non seulement les hommes maliens ont vu l’esprit d’affaires de leurs femmes, mais ils ont aussi été influencés par les délégations de Sainte-Élisabeth. On pouvait ainsi les entendre dire : « Chaque fois que nos amis viennent, il y a plus de femmes. Mais aussi, c’est une femme qui est le chef. »

Mama a perçu le changement de mentalité : « Les hommes d’ici ont vu et compris. Ils ont accepté d’impliquer les femmes, de leur laisser la parole. Parce qu’ici, avant, les femmes n’avaient pas le droit de parole. »

« Sainte-Élisabeth nous a créé d’abord la confiance en soi. Surtout chez nous, les femmes. On a eu confiance en nous », affirme Mama Coulibaly. Sûre d’elle-même, elle devient en 2004 une des premières femmes élues au Conseil communal de Sanankoroba.  Cinq ans plus tard, en 2009, six d’entre elles sont élues ! Jamais les femmes n’avaient eu accès à des postes de décision. Une vraie révolution.

« Quand je regarde dix ans, 15 ans ou 20 ans avant, je vois le changement au niveau des mentalités, l’ouverture d’esprit des femmes, je peux dire qu’on a fait un grand pas, ça me motive… Le développement des femmes, ce sont des petits pas », conclut Mama Coulibaly. 

Jocelyne Dupuis

Jocelyne Dupuis« Je n’ai pas besoin de réclamer les valeurs féministes, je les vis pleinement », affirme Jocelyne Dupuis. Trésorière du comité Des Mains pour Demain depuis 2003, Jocelyne est aussi fortement impliquée en politique provinciale ainsi que dans l’organisation du Forum social québécois. À la voir ainsi manœuvrer dans les sphères de la politique et de la gestion, on comprend bien que chez-nous, la place des femmes est partout. Ce qui n’est pas tout à fait le cas en Afrique.

Lors de son séjour à Sanankoroba, en janvier 2009, Jocelyne côtoie les femmes du village. Elles parlent de tout et de rien. Elles s’apprivoisent. Question de mesurer le fossé qui sépare les femmes d’ici et de là-bas.

« Elles étaient très impressionnées que je sois célibataire et sans enfants. Elles ne comprenaient pas ! Elles me demandaient comment serait mon futur. Là-bas, ce sont les enfants qui prennent soin des parents quand ils sont vieux, et moi, je n’en ai pas ! »

Jocelyne aussi est impressionnée par les femmes maliennes. Alors qu’elle est fonceuse et qu’elle s’exprime aisément, elle est surprise de la timidité des femmes : « Nous sommes allés dans une famille. Tout le monde était bien habillé pour nous recevoir. La femme de la maison n’a pas dit un mot de la soirée, c’est l’homme seulement qui parlait. » Le choc culturel vient parfois nous chercher là où on ne l’attendait pas.

Malgré tout, ce séjour reste un moment important pour Jocelyne : « J’y retournerais n’importe quand ! Je n’ai jamais reçu autant de reconnaissance et de remerciements. »

Nassika DiakitéL’alphabétisation des femmes

Nassika Diakité est très impliquée dans le comité des femmes du Benkadi. Elle est la formatrice en alphabétisation. C’est elle qui apprend à lire et à calculer à ses concitoyennes.

Autrefois, les femmes consacraient l’essentiel de leur temps à des tâches ménagères. Avec le développement du village, plusieurs d’entre elles s’adonnent maintenant au petit commerce. Pour être autonomes, elles doivent être alphabétisées.

« Chaque jour, on fait trois heures de temps dans le centre des femmes. On fait quatre jours dans la semaine et quatre mois dans l’année », explique Nassika Diakité.

Ce projet a été rendu possible par le Benkadi qui a reçu le soutien de Des Mains pour Demain. Nassika constate une évolution chez les femmes qui ont été formées. Non seulement sont-elles plus habiles dans la conduite de leurs affaires, mais elles ont également gagné une confiance en elles-mêmes qui leur permet de s’affirmer.

« Toutes les femmes du village sont impliquées dans le développement », affirme-t-elle. Nassika Diakité est une de celles qui donnent un véritable élan à Sanankoroba.

La coopérative de karité

Minata Ferintoumou est présidente de la coopérative de karité de Sanankoroba. Elle a été élue par les 400 femmes qui composent l’organisme, réparties dans les 60 villages de la commune. Elle est aussi membre du Benkadi et participe aux communications du comité.

« Le karité est une ressource naturelle qui fonde l’économie des femmes », explique-t-elle. Il s’agit d’un fruit qui pousse dans l’arbre du même nom et dont les amandes, une fois broyées, donnent un « beurre » fort recherché, notamment pour ses qualités hautement hydratantes.

« Les femmes avaient une méthode traditionnelle pour produire le beurre de karité et l’odeur n’était pas très agréable », avoue Minata Ferintoumou. Diverses ONG les ont aidées à raffiner leurs méthodes. Aujourd'hui, elles produisent un « beurre de karité amélioré » qui s’exporte et rapporte ! 

Minata FerintoumouLe fait de se regrouper en coopérative a été bénéfique pour les femmes de la commune. « Certaines femmes se sont unies pour acheter un espace pour planter des arbres de karité. D’autres femmes ont acheté des charrettes pour le transport », explique la présidente.

L’évolution de cette coopérative va de pair avec le jumelage. Selon Minata Ferintoumou,  « Les femmes ont pris de l’expérience au Benkadi, ça les a rendues capables de gérer seules la coopérative. »

Depuis peu, le beurre de karité des femmes de Sanankoroba est vendu dans un gîte à Sainte-Élisabeth. C’est une manière de faire connaître le travail de nos amies et de semer la solidarité.