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Preambule

 

 

Des Mains pour demain… Le nom est évocateur. Tout y est ! L’aventure d’une solidarité entre les villages de Sainte-Élisabeth, au Québec, et de Sanankoroba, au Mali, tient dans ces quelques mots. Un « coup de main » de la part des gens de Sainte-Élisabeth pour un « demain » meilleur à Sanankoroba.

MaliPresque 25 ans ont passé depuis que des familles d’agriculteurs de Sainte-Élisabeth ont accueilli, le temps d’un été, les premiers stagiaires de Jeunesse Canada Monde. Qui aurait pensé, à l’époque, que cet échange interculturel tout simple allait déboucher sur l’une des expériences de solidarité internationale les plus fécondes ? Qu’elle changerait pour toujours la vie de bien des gens, Maliens comme Québécois ? Que les médias du monde entier s’intéresseraient à cette histoire hors du commun entre deux communautés séparées par un océan de différences culturelles ?

Ce petit miracle s’est produit. En 25 ans, Sanankoroba a changé du tout au tout. Sa population a plus que doublé. La faim a plié bagage. L’éducation s’est propagée. Les femmes ont vécu une évolution sociale sans précédent. Les jeunes ne partent plus en exode. La démocratie participative s’est fortement installée. Les citoyens se sont organisés et le village s’est développé. À cause de ce jumelage, Sanankoroba est sur une lancée. C’est un village « qui stupéfie le monde ». 1

En 25 ans, Sainte-Élisabeth s’est ouvert sur le monde. C’était un petit village francophone et catholique, qui connaissait parfaitement le cycle des labours, mais très peu le reste de la planète et encore moins la société africaine. Aujourd’hui, les résidants de Sainte-Élisabeth sont des citoyens du monde.

Il n’est pas surprenant que beaucoup de gens s’intéressent au phénomène. Tout le monde veut comprendre ! Qu’est-ce qui a si bien fonctionné ? Pourquoi des bénévoles ont réussi là où des professionnels du développement ont parfois échoué ?  

À chaque année, les membres du comité Des Mains pour Demain sont fortement sollicités. Ils reçoivent des coups de téléphone et des courriels. On les invite dans des conférences et des forums sociaux, on les fait parler dans des assemblées. La question la plus fréquemment posée : « Pouvons-nous démarrer un jumelage nous aussi ? »

Et pourquoi pas ? Vous trouverez, dans cette revue, toutes nos astuces et tous nos petits secrets. Quelles sont les étapes à franchir pour réussir un jumelage ? Quels projets peuvent être réalisés ? Quelles sont les erreurs à éviter ?  

Les partenariats entre des villages du Mali et du Québec permettent de vivre de grandes émotions, de se dépasser, voire de se réaliser. Se lancer dans une telle aventure, c’est un projet qui marque une vie. Nous vous le souhaitons !

Guy Lavallée

Guy Lavallée avait promis à ses amis maliens : « Un jour, je vais venir vous voir... juste pour vous voir. » Pas pour réaliser un projet. Pas pour effectuer une mission. Seulement pour s’asseoir, partager un repas, parler. Pour vivre pleinement l’amitié.

En 2009, 20 ans après leur premier voyage en terres maliennes, Guy et son épouse Marielle tiennent leur promesse. Ces agriculteurs à la retraite vont vivre à Sanankoroba quelques semaines, à leurs frais, pour revoir « leurs enfants ». « Ce sont tous ceux que nous avons hébergés au fil des années. Ils nous appellent réellement papa et maman ! », affirme celui qui a longtemps été président du comité de jumelage.

Guy LavalléeGuy Lavallée est devenu en quelque sorte un ambassadeur du comité Des Mains pour Demain. Ayant séjourné à Sanankoroba une dizaine de fois, il est intarissable lorsqu’on le fait parler de l’Afrique. Il aime les Maliens. Il aime leur culture. Il connaît tout le monde là-bas. Il s’y sent chez-lui. C’est sa deuxième famille, sa deuxième maison. Il s’est investi sans relâche pour nourrir l’amitié avec ce village pourtant si loin.

« Au départ, la motivation d’ordre religieux a été un moteur important de mon action », affirme Guy. Aujourd’hui, c’est la force des liens d’amitié développés au fil des années qui cimente son attachement au projet.

« Je suis fier de ce que l’on a apporté. Je suis satisfait de ce que l’on a fait », témoigne-t-il humblement, même si les résultats de son engagement sont démesurément grands.

Le jumelage entre Sainte-Élisabeth et Sanankoroba remplit sa vie : « C’est une vraie passion ! », conclut-il.

Siaka Traoré

Siaka Traoré« Quand quelqu’un de Sanankoroba quitte pour aller quelque part, il n’a pas de complexes maintenant. » Ainsi parle Siaka Traoré, un agriculteur de Sanankoroba qui se remémore son village d’antan… « Le village a changé », affirme celui qui a participé à l’aventure du jumelage dès le début.

En 1999, Siaka Traoré devient le premier maire élu de Sanankoroba. « Le fait d’avoir été membre du « Benkadi », le comité de jumelage, a favorisé mon accession à la fonction de maire », explique-t-il. « J’y ai acquis des connaissances en termes d’organisation et de gestion qui m’ont servi dans ma fonction. »

Siaka Traoré a séjourné au Canada à deux reprises. « Le Canada est un pays très propre », répond-il au sujet de ses impressions, avant d’ajouter : « Le jumelage a ouvert les yeux à la population de Sanankoroba. Les hommes aussi bien que les femmes. Il y a eu un changement considérable des mentalités. »

Siaka Traoré bénit l’amitié avec Sainte-Élisabeth.
Elle a transformé son village.

Impact médiatique

Le jumelage entre Sainte-Élisabeth et Sanankoroba fait parler de lui ! Depuis 25 ans, on ne compte plus le nombre d’articles de journaux et de revues publiés sur ce sujet.

Dans les années 1990, l’animateur Claude Charron produit des reportages à son émission « Le Match de la vie ». Le très prestigieux journal français Le Monde diplomatique y consacre deux textes en 1992 et 1996. Les membres du comité sont invités sur des plateaux de télévision à TVA. Le Journal de Montréal, La Presse, Le Devoir, le Globe and Mail, The Gazette et plusieurs autres quotidiens québécois ont tous parlé de cette histoire. Les journaux régionaux ont relaté son succès une soixantaine de fois. Un livre intitulé Sur les petites routes de la
démocratie
, écrit notamment par Claude Giles et Moussa Konaté 2, deux des pères fondateurs du jumelage, est publié en 1999. Deux œuvres jeunesse québécoises parlent du jumelage 3. La chaîne ARTE en Allemagne ainsi que Canal Plus et TV5 en France ont produit des reportages sur Sainte-Élisabeth et Sanankoroba.

Au Mali, tous les élèves de la cinquième année peuvent lire l’histoire du jumelage dans leur manuel de français. Le président du Mali a célébré avec tous ses ambassadeurs les dix ans du jumelage à Sanankoroba . Il leur a déclaré : « C’est comme ça que j’aimerais que soient tous les jumelages dans mon pays ! »

Bref, le jumelage impressionne. Son succès attire l’attention du monde entier.

1. Référence à l’article « Le Village qui stupéfie le monde » de Patrick Coupechoux, Le Monde diplomatique, 1996.

2. Konaté, Moussa et Paule Simard, Claude Giles et Lyne Caron, Sur les petites routes de la démocratie, L’expérience d’un village malien, Éditions Écosociété, 1999.

3. Andrée Poulin, Où sont passés les Zippopos?, illustrations de Benoît Laverdière, Québec Amérique Jeunesse, 2009. Jalette, Jocelyn, David affronte l’Harmattan, Éditions du Soleil de Minuit, 2007