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TRUC 1 - S'apprivoiser

 

Les Maliens ont pour proverbe :
« Ce n’est pas la main qui donne, c’est le cœur. »

Sainte-ÉlisabethLa force et l'originalité du jumelage entre Sainte-Élisabeth et Sanankoroba, c’est la grande amitié qui unit les gens d’ici et de là-bas. Nous affirmons qu’un projet de jumelage doit reposer d’abord et avant tout sur le désir de tisser une relation durable.

Au départ, l’envie d’aider pousse à agir charitablement. Aussi valable soit-elle, cette attitude empêche le développement d’une relation égalitaire. Elle peut surtout provoquer une relation de dépendance. Vouloir révolutionner la vie des Maliens, les « sauver », voilà de bien mauvaises idées.

Il faut plutôt avoir envie de les découvrir ! Il faut établir une relation d’égal à égal, dans le respect. Un ami, c’est une personne avec qui on partage en étant généreux de soi-même. C’est quelqu’un que l’on aide quand il en a besoin et de la manière dont il en a besoin.

Avant toute chose, il faut prendre le temps de se connaître et de découvrir les différences culturelles qui nous séparent. Il y a aussi des ressemblances qui nous unissent : quelles sont-elles ? Il faut s’apprivoiser en étant patient, car les Maliens sont si différents… Ils ont leur propre langue, le bambara. Ils sont musulmans. Leur culture nous est parfois incompréhensible.

À Sainte-Élisabeth, nous avons échangé des lettres avec Sanankoroba pendant deux ans avant d’entamer des projets concrets. Correspondre est une façon simple qui permet de poser des questions et de s’informer du mode de vie de nos amis. Les Maliens sont des gens au grand cœur qui reçoivent chaque lettre comme un cadeau de grande valeur.

Claude Houle et Bakary Coulibaly

Claude HouleClaude Houle et sa famille ont été parmi les premiers à héberger des Maliens. C’est tout naturellement que Claude a participé aux premières activités du comité Des Mains pour Demain. Il a été membre du conseil d’administration pendant 12 ans, faisant preuve d’un bénévolat dynamique et remarqué. Mais avant tout, Claude Houle est un agriculteur.

Tout comme Bakary Coulibaly, ce membre du Benkadi de Sanankoroba qui s’intéresse au sort des agriculteurs de son village. 

« En 1997, je suis allé à Sanankoroba pour évaluer un projet d’élevage. Nous avons visité tous les paysans qui y participaient. Bakary était mon traducteur », explique Claude Houle.  « Nous nous sommes liés d’amitié. »

Bakary CoulibalyIl était donc normal que Bakary soit logé chez son ami Claude lors de son séjour à Sainte-Élisabeth en 2006. Venu suivre une formation sur la mise en œuvre d’un plan de développement, Bakary s’intègre à la famille de Claude et découvre la culture québécoise.

« Nous avons développé une amitié plus franche et plus ouverte, parce que nous avons travaillé ensemble sur la ferme », explique Claude.

Bakary confirme : « Quand j’étais logé chez Claude, vraiment l’hospitalité a été grande. À chaque fois qu’on se levait le matin, c’était comme si on se connaissait depuis longtemps. »

Aujourd’hui, les deux hommes continuent de correspondre. Le jumelage est une affaire de relations entre individus.

Alain Laporte et Bakary Diallo

Alain LaporteLa mécanique est une affaire de famille chez les Laporte. Le grand-père a ouvert le garage à Sainte-Élisabeth dans les années 1930. Son fils Alban l’a repris, et c’est aujourd’hui le petit-fils Alain qui tient le fort.

Alain siège sur le conseil d’administration du comité Des Mains pour Demain depuis 2002.

Bakary Diallo est comptable. Il travaille à la commune de Sanankoroba. En 2006, il est de passage au Québec pour y recevoir une formation en informatique afin de faciliter son travail.

Il explique : « Il y avait une activité à la Courgerie 4 de Pascale Coutu. Alain faisait partie de l’organisation. Nous étions habillés en maliens, comme nous le faisons chez-nous lors de la fête du Tabaski. Mon accoutrement lui a plu. Il m’a abordé. Nous avons fait des échanges durant le reste du séjour. » Ainsi débute l’histoire d’amitié entre un mécanicien québécois et un comptable malien.

« Je suis un terre à terre dans la vie. Je n’aurais pas pensé faire une correspondance avec un Malien », avoue Alain. C’est pourtant avec ferveur qu’il parle aujourd’hui des liens qui l’unissent fortement à Sanankoroba. « Quand le monde y va, nous envoyons une lettre à Bakary. Il nous répond. À tout bout de champ, je lui envoie un courriel et il me retourne un courriel ! »

Bakary Diallo« Le fait d’avoir un ami malien, ça fortifie mon engagement dans le comité. Quand il me donne des nouvelles, ça me donne un autre point de vue sur la situation là-bas », explique Alain. 

Les deux hommes échangent sur leurs familles, sur ce qu’ils vivent, sur leur culture. Bakary affirme : « Alain connaît toute ma famille sans l’avoir vue. Le mieux serait qu’il voit de ses propres yeux. »

Et c’est l’un des rêves d’Alain : « Si un jour j’allais au Mali, je serais heureux de revoir mon ami Bakary. »

« Je serais très très content qu’Alain vienne à Sanankoroba », ajoute Bakary.

Le club de correspondance

Alain LaporteLes élèves de l’école Emmélie-Caron, à Sainte-Élisabeth, entretiennent une correspondance avec les enfants de Sanankoroba depuis des années.

Joan Brown, une pionnière du jumelage, a initié cette activité en 1996. À chaque année, des membres de Des Mains pour Demain, parfois accompagnés de délégations maliennes, se rendent à l’école pour rencontrer les élèves. Cette activité a marqué Annick Forest-Bonin, qui en garde d’excellents souvenirs.

Celle qui étudie maintenant en archivistique avoue avoir conservé un dossier des lettres et des dessins reçus. « Dans le club d’écriture, on nous parlait du Mali et de la vie là-bas », note-t-elle, ajoutant qu’on les avait fait manger à la malienne, assis par terre, se servant de la main droite dans un grand bol. « Quand tu es jeune, tu n’es pas nécessairement super conscient, mais ça allume une étincelle. Sur le long terme, c’est clair que ça m’a donné une curiosité pour l’échange culturel. Une certaine ouverture d’esprit aussi. »

Le club de correspondance est une excellente méthode pour permettre aux enfants d’apprivoiser une culture différente de la leur, et de les faire grandir dans la tolérance.

La première lettre

En 1984 et 1985, l’organisme Jeunesse Canada Monde propose à des familles bayollaises d’héberger un groupe de jeunes Maliens et Canadiens dans le cadre d’un programme d’échange interculturel. L’expérience est passionnante.

Le « comité d’accueil », formé des familles hôtes et de citoyens, a envie de poursuivre l’aventure. Une lettre est écrite à plusieurs mains. Elle est remise au directeur de Jeunesse Canada Monde qui l’introduira à son partenaire malien, la Direction nationale de formation et d’animation rurale (DNFAR), pour une recherche de jumelage. Le comité d’accueil mandate aussi les responsables du groupe (Céline Morency et Dounamba Sidibé) de tenter une relation de jumelage avec la communauté qui sera leur point de chute au Mali.

Jamais de mémoire d’homme, Sanankoroba n’avait connu une telle proximité avec un si grand nombre de jeunes du monde blanc. C’est la mobilisation totale de la population pour la réussite de ce premier séjour de Jeunesse Canada Monde dans le village.

À la mi-séjour, les responsables du groupe expriment aux gens de Sanankoroba le désir de Sainte-Élisabeth d’entreprendre une relation de jumelage. C’est l’enthousiasme du côté des jeunes. Hélas, ils ne peuvent seuls engager le village dans une relation de jumelage. Le Conseil des Anciens est convoqué pour donner son avis.

Les sages du village restent prudents. Le Conseil délibère : « Nous avons un triste souvenir de nos premiers échanges avec le monde blanc. La colonisation a été dure, avec les travaux forcés et l’acculturation. Donnez-nous du temps avant d’engager le village dans une nouvelle relation avec le monde blanc. »

A la fin du séjour de Jeunesse Canada Monde, la décision des Anciens tombe : « Nous sommes maintenant d’accord pour entrer en relation d’amitié. Nous avons observé ces jeunes blancs de loin pendant leur séjour. Ils sont respectueux de l’autre, quelle que soit sa pauvreté. Ils sont bien éduqués. Ils émanent certainement d’un peuple qui ne veut de nous que l’amitié. »

Voilà comment la première lettre de Sainte-Élisabeth en faveur de l’amitié a franchi l’océan jusqu’à Sanankoroba par le biais de Céline Morency et de son groupe de Jeunesse Canada Monde en septembre 1985.

4. La Courgerie est une ferme touristique située dans le Grand rang Saint-Pierre de Sainte‑Élisabeth.