Télécharger la revue Villages Solidaires en format PDF (basse résolution)
Cliquez ici

Truc 2 : Former un noyau dur de citoyens motivés

 

Les Maliens disent : « Un seul doigt ne saurait soulever un caillou. »

Sainte-ÉlisabethCombien de Montréalais savent que leur ville est jumelée à… Shanghai, en Chine ? Combien d’habitants de la ville de Québec savent qu’ils sont les « amis » des résidants de Xi’an, toujours en Chine ? Très peu. La raison en est fort simple : ces jumelages ont été initiés par la classe politique municipale de chaque ville. Qui s’en occupe véritablement ? Des fonctionnaires.

Le type de jumelage que préconise Des Mains pour Demain est tout à fait différent. Ce doit être une démarche citoyenne. Pour s’enraciner et devenir durable, le jumelage doit être porté par des gens volontaires et engagés. Il est important de former un comité composé de membres convaincus, car les premiers pas sont difficiles.

À Sainte-Élisabeth, tout se fait bénévolement. De simples citoyens donnent de leur temps pour mener les activités, préparer des projets et assurer leur suivi. C’est d’ailleurs ce suivi constant qui est l’une des clés du succès des projets menés au fil des années.

Il est souhaitable, voire essentiel, que la municipalité soutienne le projet. Mais dans les petites communautés, s’il n’y a que les élus municipaux qui font vivre le jumelage, le projet risque fort de passer par la trappe des prochaines élections.

La municipalité de Sainte-Élisabeth contribue financièrement à certaines activités. Elle signe des protocoles d’entente avec des bailleurs de fonds. Mais c’est toujours le comité Des Mains pour Demain qui a la gouverne du jumelage.

Mario Houle

Mario HouleL’actuel maire de Sainte-Élisabeth, Mario Houle, est l’un des fondateurs du jumelage. Il a hébergé des Maliens dans sa famille une dizaine de fois. Il a voyagé à Sanankoroba à cinq reprises. Il siège au conseil d’administration du comité. Il est l’un des plus fervents porte-parole du partenariat entre son village et Sanankoroba.

Malgré sa fonction de maire, Mario Houle est catégorique : « Il ne faut pas que la municipalité soit le leader du partenariat. » Pour lui, il n’y a pas de doute : « L’association est moins risquée de disparaître au changement électoral ! »

Par contre, il soutient que « c’est nécessaire que la municipalité s’implique à un moment donné. » Puisqu’en Afrique les affaires politiques sont importantes, il est bien vu d’avoir l’appui des autorités locales. Lors de son voyage en 2007, Mario a pu rencontrer des sous-ministres et des gens importants du gouvernement. Il a eu accès à ces gens uniquement en raison de son titre de maire. Il a ainsi pu aider le village de Sanankoroba en ayant accès à des décideurs maliens.

Le fait d’être soutenu par la municipalité de Sainte-Élisabeth donne aussi beaucoup de crédibilité au comité Des Mains pour Demain et lui permet d’avoir accès à du financement. Mario Houle assure que c’est une relation gagnante pour un jumelage !

Le Benkadi

Femmes de SanankorobaIl est plus mobilisateur que les autorités locales. Il est le seul à avoir osé confronter le très souverain pouvoir des Anciens. Il est craint tout en étant hautement apprécié. Le Benkadi est un comité qui a des dents ! C’est le vis-à-vis de Des Mains pour Demain à Sanankoroba. Un comité qui, non seulement veille au jumelage, mais aussi, et surtout, porte le développement du village.

« Benkadi » est une expression de la langue bambara qui signifie : « L’entente est bonne ».

Fondé au tout début du jumelage, le comité est actuellement composé d’une centaine de personnes, issues de chaque clan. On y retrouve toutes les couches de la population ainsi que des délégués du mouvement des femmes, de la jeunesse et des Anciens. C’est un mini gouvernement villageois, un forum démocratique tout en étant un lieu de prise de décision. Les actions de développement du village y sont planifiées, mises en œuvre et évaluées. Le Benkadi, c’est l’exercice de la démocratie participative à son meilleur.

Avec le Benkadi comme leader des projets collectifs, la communauté de Sanankoroba est maître de son développement.

José Leclair

José LeclairLorsqu’elle arrive à Sainte-Élisabeth en 1989, José Leclair est une jeune maman vaguement intéressée par l’international, mais surtout par le développement de sa carrière : « À 29 ans, j’étais responsable des services à domicile d’un CLSC », dit-elle pour l’illustrer. Et pourtant, son engagement au sein du comité Des Mains pour Demain allait changer sa vie.

« Je voulais m’engager dans ma communauté et, surtout, je voulais montrer à mes enfants que nous n’étions pas seuls dans ce monde », se rappelle-t-elle. À sa première réunion, elle ne comprend pas grand-chose : les projets, le jargon utilisé, jusqu’aux notions de la culture malienne qu’elle ignore. Toutefois, c’est par le comité Des Mains pour Demain qu’elle s’intègre à sa nouvelle communauté. 

Les choses déboulent rapidement : après un an d’engagement, elle est élue présidente du comité ! C’est à ce titre qu’elle effectue son premier voyage au Mali en 1991. José retournera une dizaine de fois au Mali, entre autres pour y dispenser les formations qu’elle prépare conjointement avec d’autres membres du comité.

Son engagement fait dévier sa carrière : elle devient coopérante volontaire et part avec ses enfants au Togo et au Bénin pendant quatre ans dans les années 1990. En 2008, elle prend une année sabbatique de son travail dans le domaine de la santé pour retourner travailler au Mali pendant six mois.

Leader, passionnée, José enchaîne les projets avec le comité Des Mains pour Demain. Elle s’y investit sans relâche : « C’est devenu le centre de ma vie. Je n’ai jamais arrêté mon engagement. Ma famille, c’est le jumelage », affirme-t-elle avec enthousiasme.