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Truc 4 - Se donner une activité mobilisatrice

 

Les Maliens disent : « La parole avait bâti un village qui fut beau et prospère. Mais Hélas, qui n’a pas résisté aux intempéries faute d’actions concrètes. »

Si l’argent est le nerf de la guerre, il est aussi le sel de la solidarité. À notre volonté d’aider nos amis maliens, il faut ajouter les moyens de le faire. Réaliser des projets, ça coûte cher.

Sainte-ÉlisabethLa correspondance maintiendra pendant un temps la relation. Mais pour accéder à un autre niveau d’échanges, il est impératif que le comité de jumelage se donne une activité mobilisatrice. Et ce, pour deux raisons principales : amasser des fonds d’abord, mais surtout réunir les membres du comité autour d’un objectif commun. Souder l’engagement dans un projet collectif qui allume la motivation de ceux qui y travaillent bénévolement. Un projet qui donne le sentiment au groupe d’avancer et le responsabilise face aux fonds réunis.

À Sainte-Élisabeth, les membres du comité de l’époque, à peu près tous agriculteurs, se demandaient comment ils pouvaient aider les citoyens de Sanankoroba. Ils ont trouvé un projet à leur image : la culture d’un champ communautaire. Au début, le comité Des Mains pour Demain a loué un champ, mais rapidement des agriculteurs ont offert gratuitement des parcelles de leur terre. Un grand nombre d’entre eux ont bénévolement échangé les rôles : semer, herser, désherber, arroser, récolter…

L’impact a été grand. Tous ceux qui avaient donné du temps avaient le sentiment d’avoir accompli un geste fort, à la fois enrichissant pour eux et généreux pour le Mali. Et la vente de la première récolte avait tout de même permis d’amasser quelque 1 500 $. Une somme qui a servi à financer une partie du premier projet de Des Mains pour Demain à Sanankoroba. 

Le « champ du Mali » existe toujours. Il mobilise chaque année une dizaine d’agriculteurs. Il a changé de place souvent mais est toujours prêté gracieusement. Il a continué, bon an mal an, à fournir un fonds de caisse intéressant qui sert à financer des projets à Sanankoroba. Il a rapporté, dans les bonnes années, jusqu’à 4 000 $. Mais surtout, il a permis d’unir le groupe et de maintenir l’enthousiasme de la communauté pour le jumelage.

Danielle Brien

Danielle BrienDepuis 2002, Danielle Brien est la présidente du comité « Saint-Félix Cœurs Solidaires »  qui veille au partenariat entre Saint-Félix-de-Valois, un village voisin de Sainte-Élisabeth, et Douban, dans la région de Sanankoroba.

À l’image de ce qui se faisait à Sainte-Élisabeth, le comité a cultivé un champ pendant quelque temps. Une année, aucun agriculteur n’a pu prêter sa terre. Il a fallu trouver une activité de substitution : « On a eu l’idée de faire un souper-spaghetti », affirme Danielle Brien.

L’activité peut paraître banale, mais à Saint-Félix, il n’en est rien. Aujourd’hui, l’événement annuel est si populaire qu’on doit refuser du monde à la porte ! Et pour cause : il y a maintenant un groupe de musique africain qui anime la soirée, on fait une vente aux enchères et on projette des photos de Douban sur écran géant.

Pour maximiser les profits, le groupe ne lésine pas sur les moyens : « On fait notre propre sauce pour économiser et nous sollicitons des commanditaires », explique Danielle. Plusieurs marchands de la municipalité s’impliquent pour la cause.

« On fait environ 7 500 $ par souper. Cette année, nous avons vendu pour 1 000 $ de coupons pour le tirage d’un masque africain. Les billets du souper coûtaient 25 $, mais les gens étaient prêts à payer pour la cause », selon Danielle.

« C’est notre seule source de financement », ajoute-t-elle. Et cet argent part au complet à Douban. Les projets actuels de « Saint-Félix Cœurs Solidaires » concernent l’agrandissement de la salle d’accouchement et la construction de latrines et de clôtures pour la maternité.

Danielle Brien spécifie les objectifs de son comité : « Le jumelage, ce n’est pas juste pour leur donner de l’argent. On veut qu’ils soient capables de payer eux-mêmes. C’est pourquoi nos projets visent à développer leur autonomie, notamment au niveau agricole. »

L’autonomie passe entre autres par l’éducation. C’est pourquoi, en 2005, le comité s’active autour d’un projet ambitieux : la construction d’une école de trois classes à Douban. Pour réunir les fonds nécessaires, Danielle Brien et son équipe organisent un souper hors de l’ordinaire, à 100 $ le billet. « On ne peut pas faire ça tout le temps, parce que ça prend une cause plus importante. J’étais une bonne vendeuse. On a tout vendu, en convainquant les gens un à un. » Lors de cet événement, le groupe récolte 20 000 $. D’autres organismes complètent le financement et l’école est construite. Quelle fierté pour la population de Saint-Félix et quel bonheur pour les gens de Douban !

Jacques GeoffroyJacques Geoffroy

Jacques Geoffroy a vécu toute sa vie sur la ferme familiale du rang du Ruisseau à Notre-Dame-de-Lourdes, le village voisin de Sainte-Élisabeth. « J’ai 63 ans et dans toute ma vie, je n’ai travaillé qu’une seule journée ailleurs qu’ici. C’était une fois pour dépanner dans un champ de tabac. »

Lorsque le jumelage prend son essor, Jacques observe l’expérience de loin. En discutant avec des amis agriculteurs de Sainte-Élisabeth, il en apprend davantage sur les Maliens. Il reçoit certains d’entre eux à dîner.

Connaissant l’existence du « champ du Mali », il offre un jour une de ses terres. « Je me trouvais bien gâté de vivre au Québec. Je vis dans l’abondance. Je me suis dit que ça pouvait être ma contribution. »

« Le champ du Mali » déménagera donc à Notre-Dames-de-Lourdes pendant plusieurs années. On y cultivera du soya, de l’avoine et de l’orge. Même si le champ est de retour à Sainte-Élisabeth, Jacques continue à offrir sa terre. Il y a maintenant deux champs !

Jacques devient membre du conseil d’administration de Des Mains pour Demain en 2008. À l’hiver 2009, il s’embarque pour le Mali et séjourne à Sanankoroba. « Je suis curieux. Je posais beaucoup de questions sur l’Afrique. J’avais envie d’en connaître plus. » Il peut enfin voir à quoi sert l’argent sorti de son champ.

Le champ du Benkadi

Les Maliens ont eu une belle réponse à la création du champ de Sainte-Élisabeth. Ils ont cultivé le leur. Il y a donc deux champs pour honorer le jumelage : un de chaque côté de l’océan. 

La gestion du champ est confiée à un sous-comité du Benkadi. Le terrain est divisé en 15 parties, une pour chacun des 15 clans du village. Des jeunes de chaque groupe sont délégués par leurs chefs pour le cultiver à tour de rôle. Les revenus de la production du champ sont reversés au Benkadi.

Un champ à Sainte-Élisabeth; un champ à Sanankoroba. Le jumelage est aussi une affaire de symboles.