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Truc 6 - Il faut y aller

 

Les Maliens disent :« Voir une seule fois vaut mieux que d’en entendre parler cent fois. »

Case de l'amitiéTant qu’on n’a pas mis les pieds en Afrique, il est difficile de comprendre la réalité malienne qui est tellement différente ! Le rôle de la culture et de la religion musulmane dans l’organisation de la société; la place qu’occupent les femmes; la polygamie; la pauvreté; tant de chocs culturels qui peuvent être des barrières entre nous et nos amis maliens !

Aller en Afrique, c’est démystifier ce continent. Il n’est pas qu’une terre aride où règne  la misère. Il y a une façon de vivre qui inspire. Il y a des beautés qui surprennent. C’est une expérience déstabilisante mais profonde.

Au retour, le voyageur a « la piqûre ». Il veut retourner. Il veut s’engager. C’est immanquable. C’est pourquoi l’un des projets de tout jumelage devrait être d’aller au Mali dans les premières années du partenariat.

L’accueil est une question d’honneur à Sanankoroba. Les gens ont peu, mais sont prêts à tout donner. Le visiteur est considéré comme un membre de la communauté. On le respecte, on l’entoure. Le Conseil des Anciens reçoit chaque délégation québécoise pour lui ouvrir les portes du village.

Depuis presque 25 ans, une cinquantaine de personnes de la région de Lanaudière se sont rendues à Sanankoroba. C’est sans compter tous les stagiaires québécois envoyés par d’autres organismes de solidarité internationale ! Sanankoroba, c’est un « p’tit Québec » au cœur du Mali.

Bien sûr, tout le monde ne peut pas aller en Afrique. Le voyage est coûteux et il faut avoir une bonne santé, car les conditions sont parfois difficiles. Plusieurs membres du comité Des Mains pour Demain se sont impliqués pendant des années sans jamais aller au Mali. Cela n’enlève rien à leur engagement. En fréquentant les Maliens et en participant aux activités du comité, ils sont eux aussi devenus familiers avec la culture africaine. Parfois, leur recul est même nécessaire pour bien voir les choses.

Marielle Lemieux Lavallée

Marielle Lemieux Lavallée« La première fois que je suis allée à Sanankoroba, mes bagages se sont perdus dans le transport. Je n’ai pas eu de vêtements pendant tout le voyage ! »

Marielle Lemieux Lavallée a dû être créative pour se vêtir lors de la première mission de Des Mains pour Demain au Mali, en 1989. « J’ai mis des boubous africains. » Une vraie plongée dans la culture locale !

Sept personnes en tout effectuaient le déplacement : Marielle et Guy Lavallée, mais aussi Claude Giles, Joan Brown, Jacques Pelland ainsi que Marcelle et Jacques Bibeau.

« Dans ma tête, c’était mon unique voyage », affirme Marielle. Elle se trompait puisqu’elle a visité Sanankoroba à quatre reprises. « On ne sait jamais si on va y retourner. C’est une chance à chaque fois », explique-t-elle.

« Nous étions pris par la ferme. Jamais nous n’avions pensé que nous pouvions partir trois semaines d’affilée. Mais nous avons fait le saut, et nous ne l’avons jamais regretté », affirme Marielle.

« J’étais émerveillée par cette culture. Tout le monde était fin avec nous. » Cette expérience a profondément motivé Marielle à s’engager activement au comité Des Mains pour Demain pendant huit ans.

La Case de l’amitié

Abdoulaye Petiot TraoréAbdoulaye Petiot Traoré est l’un des gestionnaires de la désormais célèbre « Case de l’amitié ». Il est membre du Benkadi depuis les débuts et s’implique dans plusieurs sous-commissions.

Cette petite maison située près de la mairie de Sanankoroba a été construite dans les premières années du jumelage. Elle a vu défiler son lot de Canadiens. Non seulement  les délégations de Des Mains pour Demain y séjournent, mais aussi les stagiaires de SUCO, Carrefour Canadien International, Jeunesse Canada Monde et Québec Sans Frontières. Elle contient sept chambres autour d’une pièce centrale et peut héberger une quinzaine de personnes.

« C’était un travail d’équipe. Il y avait plusieurs groupes d’âge qui ont construit la case ensemble. Tout le village a participé à la construction », se rappelle Abdoulaye Petiot Traoré.

Les Maliens ont d’abord refusé l’argent que leur offraient leurs amis québécois pour payer les nuitées. Ces derniers ont insisté en faisant valoir les coûts d’entretien. Aujourd’hui, la Case de l’amitié est une source de revenus non négligeable pour le Benkadi.

« C’est 3000 francs CFA 6 la chambre par nuit. Il faut aussi payer la femme de ménage 1 000 francs par jour et l’électricité », explique Abdoulaye Petiot Traoré. Cela représente plus ou moins dix dollars canadiens. En recette annuelle, la case rapporte 700 000 francs CFA (1 750 $). La moitié du montant est réservé pour l’entretien de la Case. L’autre partie est versée à la caisse du Benkadi. C’est donc plus ou moins 850 $ par année qui sert à financer des projets utiles à la communauté.

L’hospitalité des Maliens sert directement à leur développement !

Jean-Guy Ducharme

« Tant que tu n’as pas senti la chaleur, la poussière et le beurre de karité, tu n’as pas goûté à l’Afrique. » Ainsi parle Jean-Guy Ducharme, l’un des fondateurs du jumelage entre St-Félix-de-Valois et Douban.

« Je rêvais d’Afrique depuis que j’étais p’tit gars. Il y avait des missionnaires qui venaient à St-Félix et ils nous parlaient de ce continent » raconte Jean-Guy au sujet de sa motivation à s’impliquer au sein d’un jumelage. À peine le comité Cœurs Solidaires est-il sur pied qu’il en devient le premier président, en 1996, pour les six années à suivre.

Suite à l’analyse des besoins exprimés par la population de Douban, Cœurs Solidaires décide de soutenir l’achat d’un moulin pour les femmes. À l’automne 99, le comité développe le projet « Pose ta brique en Afrique ». Jean-Guy et ses collègues vendront symboliquement des briques de la future case à construire pour héberger le moulin. Jean-Guy effectue son premier voyage en mars 2000 afin de remettre cet argent à la communauté de Douban.

En tout, Jean-Guy sera allé quatre fois à Douban. En 2004, il effectue le voyage avec sa fille. « Quand je suis arrivé là-bas avec ma fille, pour eux, c’était un événement. La famille, pour eux, c’est important, et les enfants c’est une richesse » raconte-t-il.

Au sujet de ce qu’il retient de ses voyages, Jean-Guy est enthousiaste : « Le choc culturel, c’est plus quand tu reviens ! Ça te remet en pleine face comment tu vis. On en vient à avoir envie des choses plus essentielles.

 


6. L’unité monétaire malienne est le franc CFA, partagé avec sept autres états de l’Afrique de l’Ouest regroupés au sein de l'Union Économique et Monétaire ouest-africaine (UEMOA). Un dollar canadien vaut environ 410 francs CFA (à l’automne 2009).